Ecriture numérique


Le numérique a ouvert une nouvelle ère sur le plan de la communication. L’invention de l’écriture avait autorisé une communication asynchrone et à distance par l’introduction d’un medium qui peut se transmettre, être dupliqué et conservé . Avec l’invention de l’imprimerie, la diffusion avait franchi un nouveau pas vers la massification : la démultiplication des exemplaires assurait une diffusion plus large et moins coûteuse ; les sources de production se multipliaient et sortaient de la sphère religieuse. Le numérique poursuit cette massification :

  • la production est facilitée par un accès généralisé à l’outil : quiconque équipé d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un smartphone/téléphone intelligent est en mesure de créer en vue de publier ;
  • la communication/diffusion de cette production est totalement libérée ; elle n’est plus filtrée ou préalablement sélectionnée par des comités de lecture, des éditeurs, etc.
  • enfin l’accès aux productions peut être totalement ouvert. Alors qu’auparavant, le nombre d’exemplaires réduisait mécaniquement l’accès aux ouvrages, c’est maintenant volontairement que l’accès à des informations que l’on publie doit être restreint.

Ces infléchissements ont des conséquences sur les apprentissages et leurs finalités : les élèves consomment le monde numérique et l’alimentent, sans que leur apparente aisance signifie qu’il le maîtrise.  Ils doivent apprendre à sélectionner des informations fiables, pertinentes par rapport à l’objet de leur recherche et à les synthétiser ; auteurs, ils doivent apprendre à distinguer ce qui relève des sphères publique et privée, construire leur intimité ; ils doivent aussi apprendre à construire leur identité numérique et à maîtriser des codes d’une communication écrite qui se diversifient en fonction des situations et des publics.

Dans le même temps, le numérique modifie l’écriture ; celle-ci est :

  • multimedia car les supports (images, textes, sons, vidéos, etc.) peuvent se combiner,
  • hypertextuelle et interactive car elle sort d’un cheminement strictement linéaire pour proposer d’autres circulations qui seront propres à chacun,
  • collaborative car elle peut être le fruit d’un travail à plusieurs claviers, simultanément ou successivement,
  • sous modèle quand elle distingue fond et forme et suit des présentations normées voire imposées,
  • de trace car, outre les contenus produits, l’activité numérique génère des traces, des informations sur l’usager, même si celles-ci ne lui sont pas visibles.

Ces formes ne sont pas spécifiques au numérique, mais elles sont intensifiées dans leurs usages et elles nécessitent un apprentissage pour se les approprier.

Pour aller plus loin
  • le projet PRECIP (pratiques d’écriture interactive en Picardie) financé par la région Picardie et conduit par l’Université de technologie de Compiègne s’est déroulé entre 2009 et 2014 ; il comprend notamment des éléments théoriques, des modules de formations pour adolescents et pour adultes, la présentation d’expérimentations en établissements et les interventions réalisées en séminaire ;
  • Stéphanie Tricard, L’écriture numérique, dossier sur le site Savoirs CDI, janvier 2016 : après des éléments théoriques dont une analyse des pratiques d’écriture numérique des adolescents, le dossier propose des séquences d’écriture numérique menées avec les élèves ;
  • J. Aymard, « Ecriture numérique« , blog Humanités numériques, 1er décembre 2014 ;
  • « La petite bilbiothèque numérique« , articles publiés sur le carnet de recherche Littérature comparée/Littérature numérique. Atelier comparatiste sur la littérature numérique, 2016 ;
  • Philippe Bootz, Les basiques : la littérature numérique, 2006 ;
  • Guillaume Vissac, « Merveilles du web : 8 lieux où s’invente la fiction de demain« , Rue89, 5 mai 2016.
Crédits
Photo de Clovis_Cheminot, 2016, sur Pixabay